Réserve Hannotelet - Julien Taymans

La Carrière Hannotelet, un écrin de sable pour notre biodiversité !

Auteur texte et photos : Julien Taymans

Lovée dans un pittoresque vallon brabançon, entre les villages de Plancenoit et Maransart, à proximité de la ferme qui lui donne son nom, la carrière Hannotelet est la plus jeune de nos réserves naturelles Natagora en Brabant wallon. D’une taille modeste, 66 ares, cette petite zone protégée recèle cependant de véritables bijoux floristiques et faunistiques !

Historique du site

Creusée à partir des années 1960 à l’emplacement d’un petit bois occupant le flanc nord d’un vallon sec encaissé, afin d’approvisionner en sable bruxellien le chantier de construction du ring de Bruxelles, la carrière a vu l’extraction de ce matériau être déjà délaissée dans le courant des années 1980. Partiellement remblayée, la sablière a ensuite été abandonnée à la recolonisation végétale, d’abord lente, puis s’accentuant ces deux dernières décennies.

Dans les années 1990, un inventaire général de l’intérêt biologique des carrières à l’échelle de la Région wallonne a été réalisé, et l’intérêt biologique de cette petite sablière fut mis en évidence. Celle-ci présentait en effet de belles coulées de sable hébergeant une faune et une flore spécifiques. Par ailleurs, jusqu’en 1994 s’y observait encore une colonie d’Hirondelles de rivage occupant l’une des parois sableuses verticales du site. Néanmoins, progressivement, en l’absence de gestion, la qualité écologique du site s’est dégradée, suite à l’enfrichement et au reboisement spontanés, alors que les espèces les plus rares ne subsistaient plus qu’au sein des trouées lumineuses, entretenues par le passage et la dent des lapins et autres chevreuils.

Réserve Hannotelet - Julien Taymans

Au milieu des années 2000, entretemps racheté par la commune de Lasne, le site a failli, de peu, être aménagé en parc à conteneurs ! Heureusement, la mobilisation des riverains contre un tel projet au sein d’un vallon de grand intérêt paysager, provoqua l’abandon de ce dernier et le site fut « oublié » pendant une dizaine d’années, avant que Natagora n’initie dès 2014 des négociations avec la commune en vue de protéger et restaurer ce site de grand intérêt biologique. C’est en 2018 qu’aboutirent les discussions et qu’une convention de gestion, sous forme de bail emphytéotique, fut établie entre la commune et Natagora, confiant à notre association la responsabilité de veiller sur le site et de l’ériger en réserve naturelle.

Réserve Hannotelet - Julien Taymans

Mise en réserve et premières gestions

Dès l’automne 2018, après une inauguration officielle et la désignation d’un conservateur volontaire et motivé, en la personne de Frédéric Raes, plusieurs chantiers manuels de restauration de la biodiversité du site furent entrepris, avec l’aide de nombreux partenaires, tous bénévoles (GSK, Solidarcité, Cisco…), l’objectif prioritaire étant de restaurer l’ensoleillement des coulées sableuses du site, fort envahies par la Fougère aigle, la ronce et le Bouleau verruqueux. Ce sont ainsi de nombreux bouleaux et arbustes qui ont été coupés et mis en tas, alors que ronciers et pelouses envahies de fougères et ronces étaient débroussaillées. Les résultats de ces premières gestions ne se sont pas fait attendre, car dès le printemps 2019 les pelouses sur sable dégagées furent le théâtre d’une recolonisation par les espèces ciblées.

Mais quelles sont-elles ?

Flore

Canche précoce (Aira praecox) - Réserve Hannotelet - Julien Taymans
La rare Canche précoce (Aira praecox) est l’une de nos plus petites graminées.

Les pelouses sur sable constituant des milieux xéro-thermophiles (c’est-à-dire secs et chauds), permettent le développement d’espèces végétales pionnières affectionnant particulièrement ces conditions, bouclant généralement leur cycle reproductif tôt en saison pour échapper à la sécheresse. C’est notamment le cas de la rare Canche précoce (Aira praecox), l’une de nos plus petites graminées, ainsi que du Céraiste des sables (Cerastium semidecandrum). Certaines espèces développent quant à elles d’autres stratégies de survie, telle la Cotonnière naine (Filago minima) qui limite le phénomène d’évapotranspiration en se couvrant d’un duvet blanchâtre (ou tomentum), à l’instar de certaines plantes des climats arides, comme les cactus. Les sables secs et ensoleillés constituent également un milieu de choix pour le développement de certaines espèces souvent fortement raréfiées de lichens (Cladonia sp.) et mousses (e.a. Polytrichum piliferum).

Faune

La faune n’est pas en reste, car ces milieux secs et chauds, d’autant plus lorsqu’ils sont protégés des vents comme ici au sein de la fosse de la sablière, attirent de nombreux insectes, parmi lesquels le groupe des abeilles solitaires sabulicoles constitue le fleuron. Ces espèces, particulièrement menacées par l’évolution défavorable de nos milieux semi-naturels, établissent leurs terriers sous forme de bourgades occupant les coulées sableuses. Des inventaires sont en cours en vue d’identifier les espèces fréquentant le site, mais à ce jour une dizaine d’espèces d’abeilles solitaires ont été observées sur le site, dont la Collète lapin (Colletes cunicularius), une espèce protégée. Les sables nus sont également le terrain de chasse de vrais T-rex de la gent miniature, que sont les Cicindèles champêtre et hybride, chassant à vue les invertébrés trop téméraires en les happant avec leurs gigantesques mandibules (toutes proportions gardées…). La présence du Cuivré commun (Lycaena phlaeas), un petit papillon orangé dont la chenille se nourrit de la Petite oseille (Rumex acetosella) s’explique par l’abondance de celle-ci. On observe également le Collier de corail (Aricia agestis), ainsi que le rare Tabac d’Espagne (Argynnis paphia).

Abeille sauvage - Réserve Hannotelet - Julien Taymans
Des inventaires sont en cours en vue d’identifier les espèces d’abeilles sauvages fréquentant le site.

Comme le fond de l’ancienne sablière est occupé par un plan d’eau non poissonneux, et donc de grand intérêt pour les amphibiens et les libellules, on y observe la reproduction abondante de la Grenouille rousse, ainsi que de plusieurs espèces de libellules.

Du point de vue ornitho, le site constitue un refuge de nidification et un poste de chant pour plusieurs espèces liées aux champs et bosquets voisins, tels le Bruant jaune, le Bouvreuil pivoine ou le Chardonneret élégant, alors que le plan d’eau voit la nidification annuelle de la Gallinule poule d’eau et du Canard colvert.

Gageons que les prochaines années nous dévoileront encore bien des secrets, et qui sait, peut-être la réapparition de l’Hirondelle de rivage, dont la paroi de nidification pourrait être restaurée.

Intéressés de nous rejoindre pour la réalisation d’inventaires ou participer à la gestion du site ? Contactez son conservateur, Frédéric Raes (z60m@outlook.com).