Le Wal’manach : L’automne, la grande descente…

Auteur : Hervé Paques
Photo d'entête : Grues cendrées - Hervé Paques
Article publié en 2010 dans le Bruant Wallon n°8

Nous attirons votre attention sur le fait que les informations contenues dans cet article datent d’il y a 10 ans. La nature a bien sûr évolué durant cette période…

Cette rubrique a été lancée en septembre 2010 avec cet épisode. Voici ce qu’en disait l’auteur :

C’est une nouvelle rubrique qui est inaugurée dans ce numéro avec l’Almanach de l’ornithologie en Brabant wallon, j’ai nommé « le Wal’manach ». Nous passerons en revue les espèces-phares de chaque mois sans viser l’exhaustivité ni la précision des chroniques. Nous tenterons de répondre à la question qu’un ornitho se pose souvent : « Où aller et pour chercher quelles espèces ? ».

Le style se veut télégraphique pour couvrir un maximum d’espèces et de milieux et ainsi offrir une lisibilité accrue. Bonnes découvertes !

Introduction

Les parents ont accompli leur mission : les jeunes peuvent se débrouiller seuls à présent. Le froid s’annonce et pousse nos migrateurs à se déplacer vers des latitudes plus confortables pour l’hiver. C’est le grand balai migratoire qui recommence, sans doute la période de l’année qui peut réserver le plus de surprises… Le flot des hivernants qui arrivent et des nicheurs qui repartent crée des conditions particulières où toute notre province est parcourue par des milliers d’oiseaux dans tous les milieux, de jour comme de nuit. Le terrain nous appelle…

Une migration plus longue

Après le sprint printanier, la migration automnale est plus étalée dans le temps. Les oiseaux n’ont plus l’enjeu primordial de la nidification et peuvent se permettre de flâner un peu en route, de bien prendre le temps de se restaurer.

Des oiseaux plus nombreux

Aux couples nicheurs s’ajoutent les nombreux jeunes qui font monter de 300% au moins les effectifs. Cela fait beaucoup de monde à faire passer sur les voies migratoires à la recherche des bonnes adresses.

Des raretés

L’automne amène avec lui son lot de conditions météos pouvant pousser des oiseaux américains ou asiatiques chez nous. Sans aller aussi loin, le phénomène de «l’overshooting», fait que nous pouvons recevoir la visite de «sudistes», comme récemment, des Coucous- Geais et Guêpiers de Perse près de chez nous.

Le Seawatching

Nous entrons dans la période la plus propice au Seawatching. Armez-vous de courage et de patience et vous serez conquis par cet exercice extraordinaire qui consiste à scruter le large pour y voir les colonnes d’oiseaux marins passer. Pour faire du Seawatching en Brabant wallon ? Facile ! Vous allez jusqu’à la gare d’Ottignies et vous restez assis jusqu’à la côte ;-). Les espèces typiquement côtières lors de leur passage ne seront logiquement pas reprises ici, c’est juste une invitation à découvrir cet impressionnant spectacle.

Septembre

Dans le ciel…

Amis des cigognes, en septembre, levez les yeux ! Les deux espèces ont leur pic de passage ce mois-ci.

Tout comme les autres grands voiliers que sont les rapaces : Balbuzard pêcheur, Milan royal, Bondrée apivore, Faucon hobereau, etc.

Balbuzard pêcheur - Pierre Melon - Reves
Balbuzard pêcheur – Pierre Melon – Reves

Nos trois hirondelles reprennent le long chemin du retour et nous gratifient de magnifiques ciels animés.

Près de l’eau…

Il est encore temps de contempler le vol acrobatique de la Guifette noire ou de la Sterne Pierregarin prospectant quelques heures sur un étang avant de repartir.

Sur les plans d’eau de faible profondeur, nous retrouvons les limicoles : bécasseaux et chevaliers. Avec la possibilité de rencontrer la belle Avocette élégante.

Le long des roselières, même sur des petits plans d’eau, cherchez la discrète Marouette ponctuée.

Vous y trouverez aussi, peut-être, des hérons plus rares comme le Héron pourpré, le Blongios nain, le Bihoreau gris et le Butor étoilé, tous en progression chez nous.

Ce sera le dernier mois chez nous pour la plupart des chanteurs de roselières que sont la Gorgebleue à miroir, le Phragmite des joncs et la Rousserolle effarvate.

Au fond des bois…

La Chouette hulotte entame la délimitation de son territoire par ses fameux hululements nocturnes.

L’insatiable Roitelet à triple-bandeau vient égayer les sommets des conifères avec son cousin huppé.

Il est toujours surprenant de voir passer des cortèges d’une dizaine de geais entre deux boisements lors de leur migration « rampante ».

Le magnifique Torcol fourmilier occupe bien notre province à ce moment de l’année mais c’est surtout par le baguage qu’on peut s’en apercevoir. En effet, son plumage mimétique le rend très difficile à détecter visuellement et il n’est pas évident de différencier sa voix de celles de l’épervier ou de l’épeichette.

Les dernières Tourterelles des bois quittent nos contrées.

Sur les plaines…

Les ramiers, les vanneaux et les sansonnets débutent leurs rassemblements et occupent les terres cultivées en masse.

C’est également le grand moment des « hochequeues »: les Bergeronnettes grises et printanières, exceptionnellement une citrine ou une « thunbergii », le Pipit des arbres et les plus rares Pipit rousseline et Pipit à gorge rousse.

Le Pluvier guignard se trouve encore dans les labours et le croassant noctambule Râle des genêts peut se détecter dans les zones à végétation rase. Par manque de prospection nocturne, nous passons certainement à côté de précieuses données.

De temps en temps un Courlis cendré ou corlieu se laisse contempler le temps d’une halte.

C’est aussi la période de prédilection pour le passage du Busard cendré. Il rejoindra parfois les dortoirs de busards où les trois espèces peuvent se rencontrer.

Dans les haies…

Tous les traquets fréquentent haies, champs et cultures : le Traquet motteux, le Tarier pâtre et le Tarier des prés, mais aussi, les cousins plus rares, nordiques ou orientaux.

On peut y ajouter leurs cousins éloignés les Rougequeues noir et à front blanc et les Gobemouches noir et gris.

Les « jumeaux » Pouillots véloce et fitis passent de buisson en buisson par centaines avec nos quatre fauvettes. C’est l’occasion d’entendre peut-être un Pouillot véloce scandinave ou de trouver une Fauvette épervière (données de baguages uniquement).

Octobre

Dans le ciel…

C’est le mois des grands rassemblements et des flots continus de Goélands argentés, des quatre grives, de l’Etourneau sansonnet, des Bruants des roseaux et jaune, de tous les fringilles dont le Sizerin cabaret, etc.

On continue à observer le passage de rapaces avec le Faucon pèlerin, la Buse pattue et d’autres détaillés ci-dessous.

Près de l’eau…

Les Laridés, les canards de surface, les fuligules et les cormorans prennent possession des plans d’eau et des canaux ; ils s’installent pour l’hiver.

Le Pygargue à queue blanche peut nous rendre visite (des jeunes qui semblent apprécier venir de la Hollande vers chez nous et ce, jusqu’en mars).

Dans la roselière, la Bouscarle de Cetti, la Panure à moustache et la Rémiz penduline commencent leur hivernage mais elles restent cantonnées juste en dehors de notre province pour l’instant (sauf la bouscarle qu’on retrouve dans le bassin de la Dyle en bordure du Brabant flamand).

Le Pipit spioncelle est descendu de sa montagne et nous rend visite régulièrement. Il va rapidement former des dortoirs de plusieurs dizaines d’individus.

Dans les prairies humides, les roselières et sur les berges des plans d’eau, nos deux bécassines se posent discrètement, quelques-unes pour la Bécassine sourde et parfois très nombreuses dans le cas de la Bécassine des marais.

Au fond des bois…

Le chant des pics retentit déjà à travers les branches désormais nues. L’occasion de suivre la progression du Pic mar par exemple.

C’est une période favorable aussi pour surprendre des beccroisés de passage.

Le Hibou moyen-duc forme ses dortoirs ; fascinant quand on en découvre un.

Sur les plaines…

Le petit Faucon émerillon suit de près les farlouses, le Busard Saint-Martin patrouille.

Les Alouettes des champs sont présentes en nombre bien sûr mais c’est aussi le moment de trouver une Alouette lulu parmi elles.

Arrivée des passereaux sibériens, mythiques et très rares comme le fameux Pouillot à grands sourcils (PGS) ou le Bruant des neiges.

Bruant des neiges - Hervé Paques
Bruant des neiges – Hervé Paques

Il n’est pas exclu que vous ayez la chance de croiser un Hibou des marais, chassant comme un busard dans les cultures.

Aux groupes de vanneaux se joignent régulièrement des Pluviers dorés.

Dans les haies…

Outres les grives et les fringilles précités, citons les nombreuses Mésanges bleues et charbonnières, et l’élégant Merle à plastron.

Novembre

Dans le ciel…

L’une des stars du ciel, la Grue cendrée. Elle frôle plus qu’elle ne survole massivement notre province mais elle nous donne chaque année le plaisir d’entendre ses trompettements joyeux.

Soyez attentifs aux buses car la Buse pattue est de passage.

Buse pattue - Stephan Peten
Buse pattue – Stephan Peten

Toujours les grives en grand nombre, surtout près des vergers et fermes faisant partie de notre paysage de campagne.

Près de l’eau…

C’est le pic de passage de plusieurs familles d’oiseaux d’eau : les cygnes, les oies et le Tadorne de Belon, les grèbes et les plus rares plongeons, macreuses et harles. Sans oublier un occasionnel Garrot à oeil d’or ou les évènementiels phalaropes.

L’arrivée des hivernants continue : canards, grèbes, hérons, bécassines, Laridés en dortoirs de plusieurs centaines d’individus. Avis aux fins limiers, il y a toutes les chances de détecter un goéland ou une mouette plus rare dont des goélands aussi blancs que l’Arctique qu’ils fréquentent : le Goéland bourgmestre et le Goéland à ailes blanches.

Au fond des bois…

Ce sera le repaire de multiples granivores, dont les colorés Tarin des aulnes, Pinson du Nord et Bouvreuil pivoine. Des mésanges et des pics avec entre eux, l’explosive Sittelle torchepot et le Grimpereau des jardins.

Au détour d’un chemin, nous pouvons lever la Bécasse des bois. A cette période, elle peut même s’aventurer en dehors de son milieu habituel.

Sur les plaines…

Vanneau huppé, Alouette des champs, les trois bruants, Linotte mélodieuse et Bergeronnette grise resteront les principaux hivernants des plaines.

Parmi les rapaces, le seul Busard à rester est le Busard Saint-Martin. Il côtoiera la Buse variable, le Faucon crécerelle et le Faucon émerillon.

Les cygnes et les oies peuvent également se repaître dans les cultures lors de leur passage hivernal.

Il peut être intéressant de regarder les choucas car des sous-espèces nordiques à nuque plus claire descendent jusqu’à nous.

Dans les haies…

C’est le mois aux pouillots sibériens si on a de la chance. Plus présents à la côte, ils n’excluent pas un détour par chez nous.

En cas de froid rigoureux, nous attendons aussi la venue du Jaseur boréal dans les arbustes à baies.

Les courageux petits insectivores qui restent se nomment Accenteur mouchet, Troglodyte mignon, Rougegorge familier, Rougequeue noir (plus rarement) et bien sûr, les mésanges au grand complet.

Sauf exception, la Grive musicienne et la Fauvette à tête noire nous quittent en novembre.

Sources