Promenons-nous … par-delà l’eau de l’Orne, entre Chastre et Blanmont

 

Auteur des texte et photos (sauf indication contraire) : Patricia Cornet-Poussart 


Photo d'entête : Maison communale, Michel Raj
Article publié en mars 2013 dans le Bruant Wallon n°18 et ré-actualisé

La promenade débute à la maison communale (1), côté parking, 71 avenue du Castillon, 1450 Chastre (non Chastrès, près de Walcourt dans le Hainaut – note pour les utilisateurs de GPS).  Vous pouvez facilement vous y rendre en train puisque le point de départ est à peine à 500m de la gare de Chastre. Les chemins ne conviennent pas aux poussettes d’enfants et aux personnes à mobilité réduite. Ce circuit d’une boucle de 6,9 km longe pour moitié le cours de l’Orne.
La vallée de l’Orne qui prend sa source sur le territoire de Sombreffe, au sud de Chastre offre de multiples points d’intérêt. Elle présente des profils différents en amont et en aval, liés à la force d’érosion du cours d’eau et à la composition du sous-sol. On y découvre les noyaux villageois, implantés sur le bas des versants, les prairies humides et quelques lambeaux boisés, alors que le plateau aux limons fertiles est consacré à l’agriculture.
La maison communale occupe l’ancien château de Chastre, appelé aussi Ferme Rose. Ce quadrilatère caractéristique des grandes fermes brabançonnes en carré porte des ancres millésimées 1688. La ferme a été exploitée jusqu’en 1980.

Promenons-nous - carte - Chastre - Blanmont

Le tracé de la balade est disponible en format GPX.  Suivre le présent lien.

Le bâtiment ancien bien que restauré offre heureusement encore quelques cavités dans lesquelles nichent les Mésanges bleue et charbonnière, le Moineau domestique, le Rougequeue noir qui pourtant préfère le toit du bâtiment neuf de la poste voisine comme poste de chant! La Bergeronnette grise est présente aussi, elle se signale depuis le toit par son « tsli-vitt » ou « zi-zé-litt ».

Entrons dans la cour.

Un nichoir a été placé dans une des tours du bâtiment pour l’Effraie des clochers, elle habite bien les lieux mais il semblerait qu’elle se soit trouvé un autre gîte.

Ressortons par le porche en face, continuons tout droit par le chemin en gravier.

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Mare aux Fées

A droite, juste avant de passer au-dessus de l’Orne, se trouve une belle mare souvent à sec l’été, l’hiver elle fait le bonheur des Canards colverts.

Au bout du chemin, prenons à droite le sentier très étroit, sentier du bois (2).
Au-dessus des surfaces cultivées du plateau, dès le mois de mars paradent les Vanneaux huppés, et l’Alouette des champs illumine le ciel de son chant. Le Héron cendré aime y muloter.
L’Orne serpente le long du sentier et forme des méandres typiques où l’on voit bien la succession de rives convexes et concaves associées aux berges douces et abruptes. De beaux groupes de Tarins des aulnes fréquentent en hiver leurs arbres favoris de part et d’autre de l’Orne. L’observation de la flèche bleue, le martin-pêcheur y est fréquente,  signe de l’amélioration de la qualité de l’eau.  Il niche non loin.

On dénombre ici 3 espèces de poissons : une majorité de Loches franches ainsi qu’un certain nombre d’épinoches et de Truites fario. La présence de ces dernières étant due aux déversements réguliers organisés par la société de pêche locale.
La plaine alluviale et le bas de versant sont constitués d’une prairie pâturée par de belles vaches de race Salers, elle est surplombée par un taillis de frênes, bouleaux et aulnes.

foret de demain-1228La parcelle boisée à gauche juste avant la première maison est dédiée à l’exploitation forestière : mise à blanc en 2016 (et avant cela, en 1935) elle a été repeuplée avec des espèces locales (chêne, merisier, bouleau, peuplier, charme, frêne, érable, hêtre).  Les très territoriaux Pic épeiche et Sittelle torchepot régnaient en maître sur les lieux, le Grimpereau des bois aussi.  Ils ont trouvé de nouveaux territoires de l’autre côté du chemin.

Cet endroit est très important du point de vue écologique d’abord, par la diversité de sa flore qui conditionne directement la diversité de la faune, et ensuite par sa rareté dans le bassin de l’Orne.

La situation surélevée du chemin sur l’Orne offre des possibilités de belles observations tant de nos mésanges (bleue, charbonnière, nonnette et boréale) que de la Fauvette grisette.  La discrète Fauvette des jardins au chant mélodieux et uniforme ainsi que l’imitatrice Rousserolle verderolle au répertoire extrêmement varié et musical se repèrent à leurs chants mais demeurent difficiles à observer.   Le Gobemouche gris s’y fait discrètement entendre en halte migratoire chaque année.

Durant 2 ans, un couple de castors élut domicile en contrebas du chemin, construisant un fameux barrage sous le pont du chemin de fer, opérant un véritable changement de paysage.  La plupart des grands arbres disparurent, la largeur de l’Orne tripla par endroit et toute la zone présenta un réel attrait pour les espèces affectionnant les zones humides.  Une Locustelle tachetée y fit halte quelques jours.  Le barrage, inquiétant Infrabel, fut retiré à 2 reprises.  Sa seconde démolition eut raison de la présence de cet infatigable bâtisseur qui partit à la conquête d’un autre territoire.  Parfois des traces témoignent d’un passage récent.  Vu son importante présence dans le bassin de la Dyle, il reviendra un jour.

Le sentier du Bois débouche sur une rue qu’il faut prendre à droite. Puis passer sous le pont du chemin de fer et s’arrêter sur le pont qui enjambe l’Orne.

La Bergeronnette des ruisseaux apprécie le perchoir que lui offrent les murets au-dessus de l’Orne.

Du côté droit de la rue se situe l’ancien Moulin de Godeupont (3) La roue est encore visible bien qu’il n’en reste plus que la structure métallique.  Ce moulin banal (propriété du seigneur mis à disposition du public moyennant redevance) fut construit au XIIe siècle par les Seigneurs de Walhain. Actuellement propriété privée, l’ensemble, non classé, a fait l’objet d’une intéressante restauration de toute sa machinerie. Les meules servent aujourd’hui de table de salon.

Empruntons le petit sentier (le sentier du Marais) qui monte sur le plateau cultivé et rejoint la vallée sur la droite. 

Les résineux sont en toutes saisons le domaine privilégié du peu farouche Roitelet huppé au chant haut-perché.

Vers le chemin de fer, parmi les ronces niche la Fauvette grisette. Le Bruant jaune fait retentir son « ti-ti-ti-titi-ti-tiiiiii» depuis les haies et arbustes, ses milieux de prédilection.

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Faucon crécerelle

Le Faucon crécerelle chasse au-dessus des culture de droite, en vol stationnaire ou à l’affût à découvert, tandis que l’Epervier d’Europe, également présent, chasse furtivement et ne vole jamais sur place.
De nombreuses cavités dans les arbres aux abords du château témoignent des activités du Pic épeiche.  La Sittelle torchepot profite de ces cavités pour nicher.

Repassons au-dessus de l’Orne et longeons le parc du château de Blanmont (4). A la sortie du sentier, prenons à gauche le long du mur du château.

Le château de Blanmont, dont les bâtiments actuels datent des XVIIe et XVIIIe siècles s’ouvre majestueusement par un beau pavillon d’entrée à 3 niveaux.  Le parc du château abrite plusieurs arbres remarquables dont certains tricentenaires (Hêtres pourpres, Chênes pédonculés, Châtaigniers communs et Hêtres pleureurs).

A ce point-ci de la balade, nous pouvons après l’entrée du château prendre la première rue à droite, la rue de l’église, et continuer sur le circuit renseigné en bleu sur la carte. 

Nous pouvons aussi suivre une partie commune à un autre circuit décrit dans le Bruant Wallon n° 9, il suffit de continuer sur la rue du château en direction de Blanmont (alternative renseignée en vert sur la carte) et continuer en direction d’Hévillers.

Si on opte pour la première option, on tourne à droite dans la rue de l’église, on suit celle-ci et dans un tournant en montant, du côté gauche de la rue, on repère le sentier de la Fesse (5) entre les maisons n°23 et 25. L’emprunter.

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Sentier de la Fesse

Le nom de ce sentier pourrait faire référence à une fête (feste) ou encore à faysse, c’est-à-dire une terre cultivée en gradins soutenus par des murs ou encore une bande de terre étroite, lanière, petite parcelle allongée …

Le sentier longe la plaine alluviale.  Les versants sont ici plus marqués parce que l’on se trouve déjà plus en aval et probablement aussi parce que la rivière entaille le quartzite de Blanmont (versant droit).

En sortant du sentier, prenons à gauche en direction du Moulin Al Poudre (6).

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Moulin Al Poudre

Il s’agit d’une ancienne ferme à laquelle était adjoint un moulin.  La légende raconte qu’en 1815, Napoléon en fit son dépôt de munitions, d’où l’appellation de « Moulin Al Poudre », mais cette explication est contestée et l’origine du nom reste un mystère.

Ce moulin était un « stordoir » ou moulin à huile. Il contenait deux meules horizontales et quatre meules verticales. On y broyait des écorces de chêne.

En 1865, une brasserie importante y est installée et la bière fabriquée y acquiert rapidement quelque renom. C’est l’origine de la brasserie Grade à Mont-St-Guibert et de la fameuse « Vieux Temps ».  Le moulin est redevenu ensuite moulin à farine jusque dans les années 50, puis inexploité. En 1966, le domaine fut racheté par un véritable mécène, qui est parvenu à reconstruire un ensemble qui allie l’ancien au nouveau ; après diverses affectations, il abrite aujourd’hui des studios et des salles de réceptions et séminaires.

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Etang du Moulin Al Poudre

Sur son étang, s’y plaît l’invasive Bernache du Canada (parfois en très grand nombre), la tout aussi invasive Ouette d’Egypte mais aussi la Bernache nonnette, la Gallinule poule d’eau, la Foulque macroule, le Canard colvert, moins fréquemment le Grèbe huppé, le Grèbe castagneux, le Fuligule milouin et le Fuligule morillon.  La Bergeronnette des ruisseaux est aussi une habitante des lieux.

Contourner le domaine par le chemin en pavé.

Le Pic vert qui se signale par son rire quelque peu moqueur se nourrit sur les pelouses et les prairies pâturées.  La Grive draine affectionne ce type de secteurs mixtes où prés et arbres alternent. Elles y sont parfois nombreuses en halte migratoire. Entre la Grive draine et le gui c’est une véritable histoire d’amour! La première se nourrit du second en hiver – son nom scientifique, viscivorus, le rappelle, il signifie «mangeur de gui». Cet attachement est si marqué que la draine peut parfois défendre un arbre à gui durant toute la mauvaise saison.  Le gui, lui, profite de ce disperseur de graines pour étendre son territoire.  Remarquez à gauche dépassant le mur du domaine le magnifique cornouiller centenaire.

Prenons le tunnel du chemin de fer pour remonter vers le plateau agricole.

Ce plateau est un endroit propice au suivi migratoire (7) de par sa vue dégagée sur la vallée de l’Orne et la Dyle.

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Bergeronnette printanière, Patricia Cornet-Poussart

On retrouve les espèces nicheuses des cultures : présents toute l’année, l’Alouette des champs, le Vanneau huppé, une compagnie de Perdrix grises. Présents aussi mais en saison, la Bergeronnette printanière, la Caille des blés. Le Bruant jaune et la Fauvette grisette quant à eux resteront à proximité des haies et arbustes.

La Linotte mélodieuse et le Chardonneret élégant apprécient les armoises en bordure de parcelle et aux abords des jardins en friche.

En haut, prenons sur la gauche le chemin Tollet, chemin de remembrement, sur 100m, puis prenons à droite la rue Chapelle Victor Emmanuel pour rejoindre les limites des villages de Blanmont et Hévillers.

On y observe les oiseaux des jardins : Verdier d’Europe, Pinson des arbres, Moineaux domestiques et friquets, Mésanges charbonnière, bleue et nonnette, Tourterelle turque, Merle noir, Grive musicienne et Etourneau sansonnet, Troglodyte mignon, Accenteur mouchet, …

Traversons la rue de Blanmont et poursuivons sur 300m pour prendre ensuite la rue de la Pierrère, première rue à gauche.

Au bout de la rue on retrouve les prairies où en saison paissent les vaches de race Aquitaine.

Laissons la rue du Colombier à droite pour continuer sur le chemin de remembrement qui longe une belle propriété où ont été plantées de nombreuses haies de prunellier, aubépine, hêtre, aulne, …

Dans les haies des petites prairies bocagères (8) à droite, destinées aux chevaux, nichent Fauvette grisette, Bruant jaune et Linotte mélodieuse.

Linotte mélodieuse
Linotte mélodieuse, Patricia Cornet-Poussart

Parfois au printemps le « rutututu » de la très discrète Fauvette babillarde se fait entendre ; y nicherait-elle ?

Continuons sur ce chemin d’abord bétonné puis pavé. 

La Bergeronnette grise est fréquente sur le toit du bâtiment agricole tout comme sa cousine la printanière.

Le plateau est, à l’automne, propice à l’observation des Tarier des prés, Traquet motteux et Tarier pâtre de passage.  Le Tarier des prés aime chasser depuis les clôtures ou le sommet des adventices dans les cultures de betteraves entre autres.  Le Traquet motteux chasse les insectes depuis les labours ou les tas de fumier.  Nous y retrouvons à nouveau l’Alouette des champs, la Perdrix grise et le Vanneau huppé.

Le succès des nichées des vanneaux en Wallonie est très bas.  Leurs nids, installés tôt au printemps sur des terres labourées, sont détruits parfois plusieurs fois lors des travaux agricoles (implantation des cultures de printemps principalement) et les poussins sont très exposés aux prédateurs.

La population wallonne de vanneaux est considérée comme une population « puits », c’est-à-dire une population qui monopolise plus d’adultes pour la reproduction qu’elle ne produit de jeunes. A l’inverse, une population « source » est une population avec des adultes productifs dont le bilan est positif en fin d’été.  Plus de jeunes que d’adultes … Sans les populations sources de Flandre et de pays limitrophes, où les vanneaux nichent en prairie, nous n’aurions à long terme plus de vanneaux chez nous.

Encore récemment le Bruant proyer était observé ici.

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Corbeau freux, Patricia Cornet-Poussart

En hiver, de grands groupes de « cor-chou-freux » (Corneille noire, Choucas des tours et Corbeau freux) y sont présents, s’y mêlent souvent quelques Etourneaux sansonnets.   Après les moissons, les Pigeons ramiers viennent aussi chercher leur pitance.

Les Corneilles noires et les Corbeaux freux apprécient les céréales de printemps, les grains de maïs fraîchement semés, les germes mais aussi les épis de maïs, raison pour laquelle ils ne sont pas appréciés dans les cultures.  Mais il ne faut pas oublier que les corvidés assument une fonction écologique importante en mangeant les charognes, les escargots et les campagnols. Il faut aussi mettre en évidence que les corneilles noires ainsi que les pies favorisent la chasse aux campagnols en donnant la possibilité aux Hiboux moyen-duc et aux Faucons crécerelles de nicher dans la zone agricole. Ces prédateurs ne construisent pas leurs propres nids et dépendent donc des vieux nids de corvidés.

Busard des roseaux - Victor Claes
Busard des roseaux, Victor Claes

Au loin, un busard chasse d’un vol lent, alterné de battements et de glissades, il vole bas et effectue de longs glissés d’exploration au dessus des champs avec quelques rares battements d’ailes. En été, ce busard est le Busard des roseaux, il cède la place au Busard Saint-Martin l’hiver.

Véritable couloir de migration, on peut observer sur le plateau, en passage, tant le Milan royal que le Milan noir.  Une sterne sp y a même été observée fin avril 2012.

Vers la fin du chemin, sur la droite, la mare creusée par le bétail attire les limicoles en migration mais aussi le pipit montagnard, le Pipit spioncelle.

Une petite colonie d’Hirondelles de fenêtre niche au-dessus de la grande porte coulissante de l’étable à l’intersection avec la rue de la Chapelle.

Prenons à gauche la rue de la Chapelle, contournons les murs d’une importante propriété, prenons à droite sur 100m la rue du centre, passons devant le service technique communal et prenons sur notre gauche la piétonnière ruelle Fanfan (9).

Probablement le nom de la ruelle fait-il référence à un lieu-dit ancien dont le sens s’est perdu, ou alors désigne-t-il – affectueusement ou ironiquement – un ancien ou une ancienne habitante du lieu.

La Linaire cimballaire, petite plante appréciant les murets, y prospère.

Continuons sur la ruelle Fanfan qui marque un angle droit et débouche sur la place de l’église.

Une colonie de Choucas des tours a élu domicile dans le clocher.

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Rue de la Drève, Michel Raj

Traverser la place pour longer l’église Notre-Dame-Alerne sur la gauche, longer le cimetière pour emprunter la remarquable drève de tilleuls (10) menant au point de départ de notre circuit. 

Cette drève connue de très longue date entre l’église et le château-ferme, illustre les étroits rapports ayant toujours existé entre les pouvoirs ecclésiastiques et seigneuriaux.

Passer devant l’ancien moulin et rejoindre la maison communale de Chastre, terme de notre balade.

Sources

  • Itinéraire d’une rivière brabançonne, Coll. Hommes et Paysages, Société Royale Belge de Géographie
  • Chercha (Cercle Historique de Chastre)
  • Les corvidés et l’agriculture, feuillet d’information pour la protection des oiseaux, station ornithologique suisse & association suisse pour la protection des Oiseaux ASPO/BirdLife Suisse.  Auteur : Kurt Bollmann | 1998 | Mise à jour: Daniela Heynen | 2006
  • Almanach des oiseaux, Delachaux et Niestlé