Les éclairages public et privé, enjeux pour la biodiversité

Auteur : Didier Samyn
Photo d'entête : Fouine et hérisson - B Schröder

Ce n’est plus un secret pour personne, le réchauffement climatique impacte nos sociétés et nous contraint à revoir nos usages et conceptions souvent hérités du passé. Mais nous préoccupons-nous suffisamment de la grave crise de biodiversité qui nous impacte tout autant ? Certes les lois, normes et règlements ont un impact jusque dans nos maisons et nous font changer nos comportements en vue de rejeter moins de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, mais qu’en est-il en matière de protection de la biodiversité, des paysages et de notre bien-être ? Comment assumer un coût environnemental, alors que l’espace de la Nature, vécu comme un ailleurs, est en fait extrêmement restreint ?

L’artificialisation galopante de l’espace, la fragmentation des paysages et les pollutions, -la pollution lumineuse en est une sérieuse ! – font que la Nature se meurt. Nombre d’espèces animales emblématiques disparaissent de nos villages, de nos jardins, et même de nos maisons, à commencer par le hérisson, le lérot, les chauves-souris, jusqu’aux lucioles et papillons de nuit. Nous retrouvons toujours, là où ils devraient être supprimés, des éclairages publics au milieu de nulle part, mais aussi aux abords des zones refuges de la biodiversité comme les zones Natura 2000, les Sites de Grand Intérêt Biologique (SGIB), les zones humides, et les couloirs écologiques, notamment ceux que constituent les réseaux hydrographiques . C ’est toute la « trame noire » qui est mise à mal tant la pollution lumineuse est forte dans nos pays industrialisés, en Belgique en particulier. Les photos de la Terre, prises de nuit depuis l’espace sont éloquentes.

Une solution ?

Si nous n’y prenons garde, le problème sera encore plus grave avec le remplacement des éclairages publics d’anciennes générations par la génération LED (Light-Emitting Diode = diode électroluminescente), beaucoup moins énergivore. Certes, l’économie d’énergie -ce qui est bon pour la planète ! – est très substantielle, à tel point que le programme de remplacement E-Lumin de ORES permet le passage au LED en autofinancement en 10 ans, soit le temps du renouvellement complet du parc des luminaires de nos communes à raison de 10% du parc par an. Mais la différence réside aussi dans l’accroissement de la température de couleur mesurée en Kelvin (K) des luminaires. En effet, la température de couleur des anciens luminaires tirant sur le jaune-orange (+/- 2.100 K), passe au blanc-bleu (2.700 à 3.500 K et plus) pour le LED, ce que supporte encore plus mal ou pas du tout, la faune nocturne, et perturbe même les végétaux directement exposés. Par conséquent, l’effet de fragmentation des paysages par la lumière artificielle augmente, en cloisonnant toujours plus les populations d’animaux lucifuges, et en les isolant ainsi génétiquement les unes des autres. Le brassage génétique empêché, surajouté aux autres causes, conduit à la disparition de ces populations. Prenons le cas de notre sympathique hérisson. Dur, dur d’être ce petit animal quand il faut affronter les tondeuses robots, la circulation routière, les noyades en piscines, les feux de branchages, la banalisation des jardins, la suppression des jachères, les débroussaillages, l’empoisonnement à l’anti-limaces, les parasitoses, … et l’éclairage partout jusqu’au jardin ! Au secours !

Des dispositions à prendre d’urgence !

Ce cri d’alarme, Natagora l’a entendu. C’est pour cela que des collaborations se sont mises en place à différents niveaux, et des événements nocturnes de sensibilisation sont régulièrement organisés S’agissant de l’éclairage public, l’enjeu pour la biodiversité a été développé lors d’un webinaire organisé au printemps, par l’Union des Villes et Communes Wallonnes (UVCW), à l’occasion duquel un représentant du Département de l’Etude du Milieu Naturel et Agricole (SPW – DEMNA) a exposé une méthodologie, assortie de cartographie des communes wallonnes, visant à réduire le nombre de points lumineux. Certaines communes vont plus loin que la suggestion du DEMNA et y voient l’opportunité d’une belle économie financière dans le budget énergie tout en oeuvrant pour la protection de la biodiversité sur son territoire. L’une d’entre elles en Brabant wallon, envisage même un changement de paradigme tel que, pour les prochaines phases du programme E-Lumin, il ne s’agira pas de justifier la suppression de points lumineux équipant une voirie, mais de justifier leur maintien ! Au demeurant, c’est bien sûr aussi au niveau des éclairages privés qu’il convient d’envisager une sérieuse réduction. Raisonnablement, mettons fin aux éclairages sur les façades, sous les débordants de toiture, dans les arbres, sur la pelouse, dans l’étang, et ailleurs, car si c’est pour « faire joli » par plaisir, c’est aussi une mode de nature à polluer la vie nocturne. La sécurité ne justifie pas un éclairage à l’extérieur de la maison, dès lors qu’il y a infiniment moins d’actes inciviques, de violences et d’effractions en zones obscures où la police a l’avantage du terrain, qu’en zones éclairées. Ne confondons pas « sécurité effective » et « sentiment de sécurité » ; en effet, c’est avec un tel sentiment que par exemple, un automobiliste roulera plus vite sur une route éclairée, alors que, c’est bien connu, la vitesse au volant est gravement accidentogène pour les usagers, … comme pour la faune sauvage !

Didier Samyn
Contact Natagora pour Genappe
samyndidier@hotmail.com