Le Wal’manach : Retour véloce et réveil musicien

Auteur (texte et photos) : Hervé Paques
Photo d'entête : Rousserolle verderolle - Hervé Paques
Article publié en 2011 dans le Bruant Wallon n°10

Introduction

L’hiver se retire. Avec lui repartent les premiers hivernants vers leurs lointaines terres de fertilité.

Ceux qui ont le plus de route à faire décollent d’abord. Car le temps est compté, tout comme les espaces favorables à la nidification. L’enjeu est important, donc le trajet est réalisé le plus rapidement possible.

Les oiseaux qui ont passé l’hiver chez nous se réjouissent de voir les beaux jours revenir, les journées s’allonger. Tous les matins, ravis d’être là et revendiquant leur place, les chanteurs plantent le décor sonore de la saison du renouveau.

Mars

Dans le ciel…

Bien que le Brabant wallon soit en bordure de son axe de passage, la Grue cendrée peut se croiser en  formation ‘V’ dans notre ciel.

Celle qui n’annonce pas le printemps, l’Hirondelle rustique, arrive avant ses cousines. Si vous en avez l’occasion, n’hésitez pas à laisser une petite flaque humide pour permettre la construction de son nid.

Près de l’eau…

Les limicoles, de passage le plus souvent, se découvrent sur les plans d’eau, mais également dans les plaines et les prairies humides : la petite et discrète Bécassine sourde, la mimétique Bécassine des marais, le grand Courlis cendré, le résistant Chevalier culblanc et le Petit Gravelot.

C’est le pic de passage de la Grande Aigrette qui continue sa blanche progression chez nous.

Avec un peu d’attention et de chance, vous entendrez le chant haché du beau mâle du Bruant des roseaux.

Sur tous les plans d’eau, le mouvement des palmipèdes est visible : Tadorne de Belon, Canard souchet, Canard pilet, Sarcelle d’hiver, Canard chipeau et, surtout, nous guettons la première Sarcelle d’été de l’année. Tous ces Anatidés partagent les plans d’eau avec les grèbes huppés et castagneux qui paradent, avec en bonus à Genappe, l’artistique Grèbe à cou noir.

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Grèbe à cou noir

Dans la roselière et tout autour des zones humides se déploie la Gorgebleue, en bonne évolution chez nous dans certaines vallées.

Au fond des bois…

Les rapaces nocturnes comme la Chouette hulotte et le Hibou moyen-duc ont une reproduction précoce puisqu’ils ne migrent pratiquement pas. Les jeunes peuvent sortir rapidement des nids.

La Grive draine entonne son chant mélancolique, l’un des plus beaux, au sommet d’un arbre.

Les pics noir, épeiche, épeichette et le rare Pic mar (dans les chênaies) tambourinent sur les troncs d’arbres et autres supports sonores, pour signaler leurs territoires.

Sur les troncs déambulent également la Sittelle torchepot, les mésanges huppée, noire et boréale, ainsi que le Grimpereau des jardins. C’est aussi le moment de rechercher (sait-on jamais?) son rare cousin en progression depuis le sud-est de la Belgique vers notre province : le Grimpereau des bois.

Sur les plaines…

Un bon réflexe pour tout ornitho : scanner les groupes de Vanneaux huppés car s’y glissent parfois le Pluvier doré et même le Vanneau sociable.

Alors que l’Alouette des champs illumine le ciel de son chant continu, c’est sa petite cousine l’Alouette lulu qu’on cherchera. Toujours beaucoup moins visible qu’en automne mais elle passe…

De grands groupes de Pigeons ramiers se déplacent, par milliers parfois, faisant des allers-retours entre les terres nourricières et les perchoirs boisés, souvent accompagnés du Pigeon colombin.

Au sol, cherchant de la nourriture sur des pelouses rases, l’Etourneau sansonnet et la Grive litorne cohabitent.

Sur les piquets de clôtures et les sommets des buissons, on commencera à chercher le Tarier pâtre et le Traquet motteux.

Dans les haies…

Sans surprise, les premiers à être prêts pour le récital sont les hivernants : Pouillot véloce, Fauvette à tête noire, Accenteur mouchet, Troglodyte mignon, Grive musicienne, Rougegorge familier et le Rougequeue noir. C’est également le mois de passage du Roitelet à triplebandeau et de la Grive mauvis.

La Mésange à longue queue et la Pie bavarde préparent leurs nids sphériques (certaines pies ont déjà commencé pendant l’hiver).

Avril

Dans le ciel…

Le plus migrateur de nos goélands communs, le Goéland brun, est le plus visible tant en ville que dans les plaines et les vallées.

La Cigogne blanche, qui n’a pas encore ses jeunes pour atteindre les effectifs d’août / septembre, profite pleinement des courants d’air chaud.

Les patrouilleurs de nos campagnes sont de passage : Busards des roseaux, Saint-Martin et cendré, un exceptionnel Busard pâle détourné de sa route n’est pas à exclure durant ce mois.

Passant parfois très haut dans le ciel mais aussi chassant autour des étangs, le Faucon hobereau suit le cycle des Odonates. Le planétaire Milan noir choisit la même période pour repasser au-dessus de notre pays. Comme les trois busards précités, il ne nichera qu’en de très rares endroits en Belgique.

L’Hirondelle de rivage retrouve ses colonies de trous dans les murs de sable de Mont-Saint-Guibert, Céroux-Mousty, Mellery et Chaumont-Gistoux.

Hirondelle de fenêtre et Martinet noir mettent les insectes volants à rude épreuve dans nos villes et nos villages.

Près de l’eau…

Dans la roselière, les premières fauvettes aquatiques entament leurs chants : le Phragmite des joncs rejoint la Bouscarle de Cetti, déjà sur place. Ces deux espèces sont à suivre tout particulièrement dans leurs tentatives de nidification en Brabant wallon.

Au-dessus des étangs un Balbuzard pêcheur viendra évaluer le potentiel en poissons avant de continuer sa route.

Une silhouette de Héron cendré en vol ? Regardez bien car le Héron pourpré lui ressemble fort. Bien que ne nichant pas chez nous, il peut nous rendre visite.

Sur le bord des étangs, dans les prairies inondées, dans les vasières, les échassiers sondent le sol : Chevalier arlequin, Chevalier aboyeur, Chevalier gambette, Combattant varié et Bécasseau variable sont de passage.

Exceptionnellement, la Sterne pierregarin et la Mouette mélanocéphale cherchent de quoi se ravitailler sur nos plans d’eau.

Au fond des bois…

Alors que les mésanges, pics et autres grimpeurs poursuivent leurs ébats, on peut tomber sur un Torcol fourmilier ou un Gobemouche noir de passage.

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Gobemouche noir

Le Coucou gris entame son fameux chant, comme annonçant sa future visite intrusive dans le nid d’un petit passereau.

Sur les plaines…

C’est le mois de l’année pour l’élégant Merle à plastron, qui ne dédaigne pas non plus un jardin un peu sauvage, de préférence scarifié.

Toute la famille des « hochequeues » est de sortie : Bergeronnettes printanière, de Yarrell, flavéole, Pipit farlouse (suivi de près par le Faucon émerillon) et le rare Pipit rousseline.

On note aussi des mouvements de Chardonnerets élégants et de Linottes mélodieuses, toujours moindres qu’en automne.

Le célèbre Pluvier guignard ne passe pas qu’au mois d’août ; avril permet également de le rencontrer, dans l’est de la province principalement.

Dans les haies…

Avec chacune leurs petites phrases typiques, les Fauvettes grisette, des jardins et puis babillarde viennent occuper les buissons touffus. Au sommet des arbustes chantent les Pouillot fitis, Rougequeue à front blanc et Pipit des arbres.

La stridulante Locustelle tachetée semble apprécier de plus en plus notre province. Les mâles chanteurs sont donc à détecter et à suivre.

Mai

Dans le ciel…

Aussi précise qu’un métronome, la Bondrée apivore revient au mois de mai, histoire de trouver à manger à son arrivée. Il faut d’ailleurs préciser que malgré son nom qui ferait craindre une grande prédation sur les précieuses et populaires abeilles, la Bondrée apivore se nourrit quasi-exclusivement de larve de guêpes. D’autres insectes, vers, petits vertébrés et même fruits composent le reste de son alimentation.

C’est le moment de redoubler d’attention pour les faucons qui passent car l’oriental Faucon kobez peut survoler notre région.

Près de l’eau…

Le reste du convoi des limicoles arrive : Chevalier sylvain, Chevalier guignette et tous les Bécasseaux peuvent se trouver dans les eaux peu profondes.

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Bécasseau maubèche

Au milieu des denses roseaux, la Rousserolle effarvatte tisse son nid entre trois tiges, les marouettes discrètes et en halte seulement s’y laissent parfois surprendre le long de la lisière.

Les fuligules quant à eux repartent, à quelques exceptions près. Le milouin et le morillon nichent sur plusieurs sites du Brabant wallon.

Le mois de mai est également typiquement le mois des Guifettes. Les trois espèces (noire, moustac et leucoptère) passent à des dates plus ou moins similaires.

Au fond des bois…

Une petite mobylette qui se met en route, c’est le Pouillot siffleur, dont les faibles effectifs ne semblent pas constants en Brabant wallon.

La délicate Tourterelle des bois revient sur ses quelques territoires brabançons.

Au dessus d’une clairière, à l’orée du bois, l’inimitable croule de la Bécasse des bois anime le coucher du soleil.

Sur les plaines…

Après le Tarier pâtre, c’est au tour du Tarier des prés et du Traquet motteux de faire halte sur la route du retour.

Notre province constitue l’un des derniers bastions belges du Bruant proyer avec son chant  si particulier. Son cousin tant pourchassé, le Bruant ortolan peut se rencontrer à cette époque.

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Bruant proyer

Si vous scannez bien les champs, vous tomberez peut-être sur un Pipit à gorge rousse, avec l’avantage pour l’identification qu’il sera en plumage nuptial.

Enfin, la ventriloque Caille des blés nous perd avec son chant sonore et immobile, et pourtant c’est un oiseau impossible à localiser.

Dans les haies…

Moins aquaphile que l’effarvate, la Rousserolle verderolle ne dédaigne pas les terrains vagues, buissons d’orties, ronces, etc. Son chant rempli d’imitations mérite attention et décryptage.

Nous pouvons entendre avec bonheur l’incroyable chant de l’Hypolaïs ictérine à la cime d’une haie. Le polyglotte reste en général cantonné outre-Meuse.

Du haut de son perchoir, le Gobemouche gris chasse sans relâche.

Dans les peupleraies et hêtraies, le Loriot d’Europe nous donne l’impression d’être sous les tropiques.

 

Merci à vous, auteurs et interprètes de ces musiques printanières, pour ces concerts de la Nature.

Sources

  • www.Observation.be
  • Formation Ornitho Aves/Natagora (N3 2009/2010)
  • L’almanach des oiseaux (DELACHAUX ET NIESTLE, 2006)