Le Wal’manach : Dénicher les nicheurs

Auteur (texte et photos) : Hervé Paques
Photo d'entête : Hypolaïs ictérine - Hervé Paques
Article publié en 2011 dans le Bruant Wallon n°11

Nous attirons votre attention sur le fait que les informations contenues dans cet article datent d’il y a 9 ans. La nature a bien sûr évolué durant cette période…

Introduction

L’été est une période plus calme au niveau de l’actualité ornitho. C’est que la discrétion est de rigueur pour cacher l’agitation reproductive des oiseaux de tous les milieux. Les mois de juin et juillet sont les moments où l’on observe, en toute logique, une majorité d’individus potentiellement nicheurs.

Il reste bien sûr quelques retardataires qui passent encore durant ces mois d’été. D’autres comportements d’errance solitaire ne sont pas à exclure non plus.

C’est pourquoi nous regroupons ici juin et juillet avec, comme fil rouge, les nicheurs à détecter tout particulièrement. Sélectionnés sur base de leur sous-détection, de leur rareté générale ou de leur déclin significatif actuel. Nous profitons pleinement de la récente sortie de l’Atlas des oiseaux nicheurs de Wallonie pour compléter les données existantes. Ouvrage que nous vous invitons vivement à acquérir si cela n’est pas déjà le cas.

Mi-août, c’est l’entrée en scène du ballet des migrateurs d’automne et le premier départ des jeunes brabançons. Un nouveau cycle commence…

Juin-juillet

Dans le ciel…

Parmi les rapaces nicheurs, l’Autour des palombes, la Bondrée apivore, le Faucon pèlerin et le Faucon hobereau ne sont que fort peu détectés malgré leur bonne santé. L’autour est un chasseur discret quand il veut. Il est à repérer lors de ses vols au-dessus des bois. La bondrée n’est pas évidente à distinguer de la Buse variable, cela pourrait expliquer le manque d’observations. Le hobereau niche dans certains petits bois de la province alors que l’expansion du pèlerin incite à observer les sites en hauteur qui pourraient offrir une bonne plateforme pour le nid.

Autres maîtres des airs, les Hirondelles rustique et de fenêtre qui souffrent des constructions modernes et de la raréfaction des zones boueuses.

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Hirondelle de fenêtre

Sur le plan migratoire, le Milan noir repart vers le sud dès le mois juillet.

Près de l’eau…

Une espèce emblématique à sauver de l’extinction en Belgique en tant que nicheur : la Bécassine des marais. La vallée de la Dyle entre autres peut y jouer un rôle important en mettant en place des zones rases tranquilles restant inondées.

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Bécassine des marais

A part le colvert, tous les Anatidés font l’objet d’une attention particulière pour prouver des nidifications. Canard souchet, Canard chipeau, Sarcelle d’hiver, Sarcelle d’été, Fuligule morillon, Fuligule milouin et le grand Tadorne de Belon. Les fuligules semblent progresser, les canards de surface régressent de manière générale, sauf le chipeau. Les couples bariolés de Tadornes se voient aussi de plus en plus régulièrement dans la province, sur les décanteurs principalement.

Dans les grands arbres près des plans d’eau, nous chercherons les Hérons cendrés qui rejoignent leur nid, difficile à détecter dans le feuillage, malgré sa taille.

Le Petit Gravelot choisira des sites industriels avec des surfaces nues importantes, comme le sable ou les cailloux.

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Petit Gravelot

Le Râle d’eau fait tout son possible pour être repéré avec son horrible cri de cochon égorgé. Il reste pourtant souvent indétectable quand il fait silence.

Parmi les passereaux, les fauvettes aquatiques sont attendues dans nos vallées humides avec étangs et roselières : la Rousserole effarvatte déjà bien présente avec son chant qui fait penser à un moteur qui ne démarre jamais, le tant espéré Phragmite des joncs et la tonitruante Bouscarle de Cetti. Toutes rares mais en augmentation en Wallonie, comme la Gorgebleue à miroir d’ailleurs. Citons aussi le seul bruant aquaphile, le Bruant des roseaux, en nette diminution.

Une autre habitante presque fantomatique des roseaux, c’est la Marouette ponctuée. Déjà très rare comme migratrice, extrêmement discrète, elle pourrait néanmoins tenter de nicher dans des endroits favorables, denses en végétation.

Un petit Ardéidé occasionnel et de passage tardif en Belgique dans les grandes zones humides : le Blongios nain. Quelques limicoles peuvent aussi être vus pendant le mois de juillet, les prémices seulement….

Au fond des bois…

Une belle espèce, difficile à détecter si ce n’est par le chant, le Loriot d’Europe. Visitez les plantations de peupliers ou de hêtres près de chez vous et vous aurez peut-être la bonne surprise de l’entendre siffler de la cime d’un arbre, invisible dans le feuillage.

Un petit oiseau gris qui semble lancé de son perchoir comme un jokari, le Gobemouche gris revient à son poste avec un insecte au bec. Une espèce autrefois commune qu’il devient rare de croiser désormais.

Les roucoulements de la délicate Tourterelle des bois se font de plus en plus rares. De plus, c’est un oiseau assez discret, tant par son chant que par son mode de vie.

Le Pouillot siffleur, beaucoup plus rare que ses cousins véloce et fitis, est à rechercher dans les vieux bois de chênes ou de hêtres. Son chant typique le dévoile rapidement.

Parmi les pics, trois espèces peuvent venir s’ajouter aux habituels Pic vert et Pic épeiche : les Pic mar, Pic noir et Pic épeichette ; bien que la meilleure période pour les trouver soit le mois de mars.

Dans la catégorie « becs spéciaux », le Grosbec casse-noyaux et le Bec-croisé des sapins présentent tous deux des populations nicheuses limitées.

Nous guettons l’arrivée du Grimpereau des bois dans nos contrées. A identifier de préférence par le chant, car les critères qui le séparent de son cousin des jardins ne sont pas clairement définis.

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Grimpereau des bois

Parmi les mésanges, la Mésange noire décline et ne donne lieu qu’à de rares données des observateurs. Après l’afflux de Mésanges à longue queue de la sous-espèce à tête blanche (ssp caudatus), il se peut que quelques individus aient décidé de rester.

Dans les plaines…

Le Busard cendré, le Busard Saint-Martin et le Busard des roseaux sont de potentiels nicheurs dans les grandes plaines de la Hesbaye brabançonne. Les détecter à temps peut sauver leur progéniture d’une moisson fatale pour ces espèces encore très rares chez nous en tant que nicheur.

L’emblématique Bruant proyer qui nous fait l’honneur en Brabant wallon de sa plus grande densité connue en Belgique. Il est très intéressant de suivre son évolution en tant qu’indicateur de la qualité de nos plaines agricoles. Le projet PACO se charge de ce suivi (cf. Bruant Wallon N°10).

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Bruant proyer

Alors qu’en hiver, le Corbeau freux se rencontre dans toute la province, les colonies nicheuses sont bien plus sporadiques.

Les Vanneaux huppés luttent tant bien que mal contre une agriculture intensive.

C’est aussi la bonne période pour tomber sur une Bergeronnette flavéole et un Râle des genêts (cf. Bruant Wallon N°7). Ce dernier se détecte durant les chaudes soirées, à combiner par exemple avec la recherche de chanteurs de Caille des blés.

Le Pipit farlouse et le Pipit des arbres semblent avoir disparu en tant que nicheurs dans notre province.

Dans les haies…

Un virtuose survitaminé au sommet d’un arbuste ? C’est une Hypolaïs ictérine. Peu commune mais régulière.

La plus rare de nos quatre fauvettes, c’est la Fauvette babillarde, qui a besoin de haies plus épaisses que la grisette.

Le Rossignol philomèle a quant à lui pratiquement disparu du Brabant. Certaines apparitions font espérer un retour mais elles sont sans lendemain visiblement.

La Grive litorne pourrait elle aussi choisir de rester nicher en Brabant wallon bien que nous soyons en dehors de sa zone de reproduction principale, située au sud-est de la Belgique.

Un oiseau aux mœurs très discrètes et au chant évoquant un insecte… tout pour passer inaperçu et pourtant … la Locustelle tachetée apparaît en pleine forme et étend son aire de répartition vers le nord.

Le clown de nos fringilles, le Chardonneret élégant niche malheureusement en petit nombre chez nous.

Le Tarier pâtre et le Rougequeue à front blanc se cantonnent plutôt au sud du sillon Sambre-et-Meuse mais certains couples arrivent jusque chez nous.

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Tarier pâtre

Août

Dans le ciel…

Les hirondelles et le Martinet noir décollent vers le sud, pour rejoindre les cieux africains remplis d’insectes volants.

C’est le mois des busards ! Busard cendré, Busard Saint-Martin, Busard des roseaux et même le Busard pâle survolent nos champs en quête d’un casse-croûte avant de repartir.

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Busard des roseaux

Pour d’autres rapaces aussi le mois d’août annonce le début du grand voyage : Epervier d’Europe, Milan royal et, plus rarement, le Faucon kobez passent, parfois très haut dans le ciel.

Près de l’eau…

Tous les chevaliers démarrent leurs croisades, ainsi que le Courlis corlieu. On peut retrouver en courte halte quelques belles raretés dont le Chevalier stagnatile, le Bécasseau falcinelle et le Phalarope à bec étroit.

Parmi les passereaux, les deux rousserolles, le Phragmite des joncs et la Gorgebleue à miroir laissent derrière eux une roselière bien silencieuse. Leur passage reste difficilement perceptible, si ce n’est par le baguage.

Un hôte de marque attendu en halte sur les grands plans d’eau, le Héron pourpré. Plus facilement détectable que la mystérieuse Marouette ponctuée.

Au fond des bois…

Dans les bois du Brabant, nous pouvons observer le Gobemouche noir en halte plus rarement que son cousin éloigné, le Gobemouche gris.

Quelques troupes de Becs-croisés des sapins s’agrippent au sommet des conifères.

Dans les plaines…

La star toutes catégories confondues du mois d’août, c’est le fameux Pluvier guignard !

Nous sommes bien lotis en Brabant wallon puisqu’il affectionne nos plaines.

S’y trouvent également en halte : Pipit rousseline, Bergeronnette printanière dont la sous-espèce thunbergi, Bruant ortolan et autres traquets.

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Bergeronnette printanière

Dans les haies…

Difficile à trouver, le Torcol fourmilier est un migrateur du mois d’août. C’est le meilleur moment pour le voir au-delà de son aire de nidification.

Défiant l’observateur, le Rossignol philomèle se repose bien caché dans les buissons. Au contraire du Pipit des arbres, plutôt posté au sommet des arbustes. Son cri typique, lors de son passage, permet de le reconnaître facilement malgré sa livrée proche de celle des autres pipits.

Sources

  • www.Observations.be
  • Formation Ornitho Aves/Natagora (N3 2009/2010)
  • L’almanach des oiseaux (DELACHAUX ET NIESTLE, 2006)