Le Moineau domestique

Auteur : Thierry Maniquet
Photo d'entête : Moineau domestique - Hervé Paques
Article publié en 2015 dans le Bruant Wallon n°26

Nous attirons votre attention sur le fait que les informations contenues dans cet article ont 6 ans. La nature a bien sûr évolué durant cette période…

Une fois n’est pas coutume, à l’entame de cette chronique, je me dois de lancer un avertissement aux parents de jeunes enfants à qui la lecture de ce numéro du Bruant Wallon serait accordée : la présente chronique est interdite aux enfants de moins de 12 ans !

C’est qu’en effet, je vais vous parler du Moineau domestique. Et alors, me direz-vous ? Pauvres ignorants ! Ne savez-vous point que le moineau est le symbole de la lubricité, de la luxure et de la vulgarité par excellence ?

Sa réputation d’oiseau aux mœurs débridées trouve son origine dans ses nombreuses courses-poursuites effrénées, ses querelles continues entre mâles, ses tentatives d’accouplement répétées (jusque 20 par minute !) qui font penser à un harceleur de la pire espèce.
Pline l’Ancien assurait ainsi qu’il succombe épuisé par ces voluptés avant la fin de l’année qui l’a vu naître. En raison de sa fécondité, on le consacrait à Vénus, déesse de l’amour et le char de cette divinité était attelé de deux moineaux qui le tiraient vers le septième ciel.

En conséquence également, on prétendait que la cervelle et les œufs de moineau avaient des vertus aphrodisiaques.
Pourtant Hildegard von Bingen, dans son livre « le Livre des subtilités des créatures divines » déconseille d’en manger car « Le Moineau est plus fort que chaud : il a beaucoup de fantaisie dans sa conduite, à cause de son astuce et de sa versatilité. Il aime voler en groupe pour ne pas être attaqué par les autres. Il se tient dans l’air épais ; c’est pourquoi il a une chair malade, qui ne convient ni aux malades ni aux bien-portants. Il ne sert à rien en médecine ».

Comme tout oiseau commun, il est aussi intimement lié à la vie du Christ. Mais à cet égard, les images sont contrastées. On dit qu’il fut présent, tant lors de la naissance que lors de la crucifixion du Christ. A chaque fois, il aurait prononcé ces paroles : « Il vit ». A la naissance, Marie l’aurait récompensé, en l’autorisant à vivre plus vieux que le chêne. Lors de la mise en croix par contre, ces paroles auraient signifié que le Christ aurait continué à être torturé jusqu’à ce qu’il meure aussi. Aussi, Marie l’aurait maudit en le condamnant à rester petit et à se nourrir de miettes.
Dans les Ardennes, parce qu’il mangeait les graines, les semis et les fruits sur les arbres, il avait également mauvaise réputation. Aussi l’accusait-on volontiers d’avoir trahi Jésus par ses cris dans le Jardin des Oliviers.

En Roumanie, le calendrier populaire comprend un « Mardi des moineaux » au cours duquel les hommes rassemblent des miettes afin de nourrir et rassasier les moineaux afin qu’ils ne dévastent pas les semis.

La tradition populaire roumaine contient également cette légende étrange selon laquelle le moineau était à l’origine une fillette que ne satisfaisait aucun repas. Sa mère la condamna alors d’abord à être chardonneret, puis moineau. Peu satisfaite du plumage rouge et noir du chardonneret, Dieu lança la fillette dans un bahut rempli de cendres, et depuis le moineau est gris-cendre.

Vous aurez remarqué que le moineau ne court pas, mais qu’il saute. Ce comportement s’expliquerait par le fait que Noé oublia de lui délier les pattes lorsqu’il sortit de l’arche.

Je m’en voudrais de terminer cette chronique sans rappeler les liens que la littérature a tissés entre les moineaux et les enfants des milieux populaires. Victor Hugo et George Sand notamment assimilaient les bandes de moineaux à celles des gamins de Paris et inversement. L’image était ainsi associée à celle du petit peuple. Ainsi écrit George Sand : « Les prolétaires, ces Moineaux humains, ces Passereaux qui font les générations et duquel il ne reste rien ».

Bienheureux les citadins qui aujourd’hui croisent encore dans leur rue ces moineaux intrépides car bon nombre d’entre eux ne les rencontrent plus, au mieux, que dans les livres ou dans leurs souvenirs d’enfance.

Sources

  • http://zimzimcarillon.canalblog.com/archives/2014/04/06/29605550.html
  • I TALOS, Petit dictionnaire de la mythologie populaire roumaine, Grenoble, 2002, sur Google books.
  • C. MECHIN, Petit dictionnaire des mythes et des légendes en Ardenne, sur Google books
  • B. BERTRAND, Le bestiaire sauvage, Histoires et légendes des animaux de nos campagnes, Plume de Carotte, 2006, 112
  • G. et M. OLIOSO, Les moineaux, Delachaux & Niestlé, Paris, 2006.