Quelle taxonomie pour nos chroniques ?

Article publié en 2017 dans le Bruant Wallon n°37
Auteur : Claire Huyghebaert

Si vous avez l’habitude de nous lire, vous aurez constaté que les espèces apparaissent dans les chroniques dans un ordre précis. Vous aurez peut-être également repéré dans les chroniques de ce numéro quelques petits changements dans l’ordre d’apparition des espèces.

Pourquoi ?

Cet ordre d’apparition est basé sur la taxinomie.

Notons que « taxonomie » est le terme anglais et «  taxinomie » le terme français. Mais comme le terme taxonomie est largement adopté en français, nous l’utiliserons également.

Qu’est-ce que la taxonomie ?

La taxonomie, ou taxinomie, est une branche de la biologie, qui a pour objet de décrire les organismes vivants (ou ayant vécu) et de les regrouper en entités appelées taxons (familles, genres, espèces, etc.) afin de pouvoir les nommer et les classer pour enfin les reconnaître via des clés de détermination.

Quelle différence entre systématique et taxonomie ?

La systématique est l’étude scientifique des différents organismes dans leur diversité et leurs relations.

La taxonomie a donc besoin de la systématique pour lui fournir l’outil dont elle a besoin pour regrouper les êtres vivants.

En pratique, les deux sciences sont peu distinctes et souvent confondues.

La taxonomie et la systématique nous facilitent donc l’apprentissage de l’avifaune, car elles permettent d’établir une liste d’espèces et de classer cette liste de manière à nous y retrouver plus facilement.

Quelle évolution de la taxonomie ?

Les premiers taxonomistes utilisaient des méthodes empiriques : les oiseaux étaient classés selon leurs caractéristiques physiques telles que leur taille, les couleurs de leur plumage, etc. Avec des résultats parfois décevants. Des découvertes faites dans des disciplines très diverses, notamment dans le domaine de la biologie moléculaire et de l’analyse de l’ADN et des protéines ont amené de nouvelles méthodes scientifiques plus rigoureuses. Le système de classification est devenu alors très sophistiqué.

Vous l’aurez compris, la taxonomie n’est pas figée. Elle subit des changements au fil des découvertes, génétiques par exemple, grâce auxquelles des bonds sont réalisés dans la compréhension des liens de parenté qui lient les taxons entre eux.

Une classification taxonomique reflète donc notre interprétation actuelle de l’évolution et des liens de parenté entre les espèces. Assez stable avant les années 2000, l’évolution de cette classification a fait des bonds dans les années suivantes suite à des nouvelles recherches et à des changements dans l’approche taxonomique.

Qu’est-ce qu’un taxon ?

C’est une catégorie de répartition des êtres vivants.

Classification wikipedia
Classification wikipedia

S’agissant de l’étude des oiseaux, nous parlerons des taxons suivants :

  • le règne des animaux,
    • l’embranchement des vertébrés,
      • la classe des oiseaux,
        • 31 ordres,
          • 186 familles,
            • les genres,
              • plus de 9800 espèces.

Heureusement pour notre apprentissage, toutes ces espèces ne sont pas présentes chez nous !

Qu’est-ce qu’une écozone ?

Pour faciliter l’étude des êtres vivants, le monde a été divisé en écozones – ou zones biogéographiques – qui sont des zones dans lesquelles la faune et la flore présentent de nombreuses caractéristiques communes entre les espèces.

La surface terrestre est divisée en 8 écozones :

Ecozones

Le Paléarctique, très vaste, est divisé en deux, Paléarctique occidental et Paléarctique oriental.

Paléarctique occidental
Paléarctique occidental

La Belgique – et donc le Brabant wallon – fait partie de l’écozone du Paléarctique occidental. Cette écozone regroupe l’Europe, l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient. C’est la zone couverte notamment par le Guide ornitho.

Nous passons ainsi d’environ 9 800 espèces à environ 950 espèces.

Qu’est-ce qu’une espèce ?

Il existe de nombreuses définitions de l’espèce. La plus communément admise est celle énoncée par Ernst Mayr, en 1942 : une espèce est une population d’êtres vivants, ou un ensemble de populations, dont les individus peuvent effectivement ou potentiellement se reproduire entre eux et engendrer une descendance viable et féconde, dans des conditions naturelles.

Et une sous-espèce ?

À l’intérieur d’une même espèce, certains groupes peuvent se trouver isolés, pour des raisons géographiques ou autres. Au bout d’un certain temps, ils présentent des caractères légèrement différents, par exemple, concernant la taille ou la couleur du plumage. Ces groupes forment ce que l’on appelle des sous-espèces ou races.

Des sous-espèces différentes ont souvent la possibilité de se reproduire entre elles, car leurs différences ne sont pas (encore) suffisamment marquées pour constituer une barrière reproductive.

Comment nommer une espèce ?

Une espèce est désignée à la fois par un nom vernaculaire (qui est propre à chaque langue) et par un nom scientifique unique et universellement reconnu. Celui-ci est toujours latinisé et s’écrit en italique.

Le nom d’une espèce est toujours composé au moins de 2 parties :

  • le genre auquel appartient l’espèce : c’est le premier mot, toujours avec une majuscule,
  • l’espèce : second mot, sans majuscule (sauf si le nom d’espèce comprend un nom propre : Bécasseau de Temminck).

Exemple : la Mésange charbonnière

Son nom scientifique est Parus major.

Parus est le nom de son genre et major est le nom de son espèce.

En français, Mésange est le nom de son genre et charbonnière est le nom de son espèce.

Cet oiseau fait partie de la famille des Paridés dont le nom scientifique est Paridae.

Les Paridés font partie de l’ordre des Passériformes.

Mésange charbonnière - Bernard Danhaive
Mésange charbonnière – Bernard Danhaive

Voici les différents Paridés de Belgique :

Mésange charbonnière            Parus major

Mésange noire                           Periparus ater

Mésange bleue                           Cyanistes caeruleus

Mésange huppée                       Lophophanes cristatus

Mésange nonnette                    Poecile palustris

Mésange boréale                       Poecile montanus

Combien y a-t-il de genres dans cette famille ?

D’après le nom en français (nom vernaculaire), il semblerait n’y avoir qu’un seul genre, Mésange.

Mais les noms scientifiques nous indiquent qu’il y a en fait 5 genres dans cette famille.

Un 3e mot peut être présent dans le nom scientifique, qui représente alors la sous-espèce.

Exemple : la Bergeronnette grise (Motacilla alba) est l’espèce type présente chez nous.

Bergeronnette grise - Bernard Danhaive
Bergeronnette grise – Bernard Danhaive

Une sous-espèce venant des îles Britanniques est parfois présente sur nos côtes.

Bergeronnette de Yarell - Vincent Rasson
Bergeronnette de Yarell – Vincent Rasson

Pour faire la différence entre les 2 sous-espèces, on ajoute alors un 3e mot, la sous-espèce.

La sous-espèce britannique, la Bergeronnette de Yarrell, a donc pour nom scientifique Motacilla alba yarrellii et la Bergeronnette grise type s’écrit alors Motacilla alba alba.

 

Quelle liste taxonomique utiliser ?

Une liste de l’avifaune étant basée sur la classification taxonomique, il est normal qu’elle en suive les règles. Ainsi, la place des familles dans la classification est fonction de l’ancienneté des espèces.

Avant les années 2000, les ordres considérés comme les plus anciens étaient les Gaviiformes et les Podicipédiformes (plongeons et grèbes). Ceux-ci apparaissaient donc en début de liste. Dans les premiers numéros du Bruant Wallon, nos chroniques ont appliqué cette classification.

 

Les recherches génétiques publiées ensuite ont montré que les plus anciens groupes d’oiseaux sont les Ansériformes (oies, canards, etc.) et les Galliformes (tétras, faisans, etc.).

À partir du n°6, les chroniques du Bruant Wallon ont donc appliqué cette classification commençant par les Anatidés.

 

Sept ans après, il nous semblait nécessaire de refaire le point sur la question. Nous nous sommes alors interrogés pour savoir quelle classification adopter. En effet, il est possible de choisir différentes taxonomies plus ou moins avancées dans la prise en compte des dernières découvertes.

Nous avons alors pris le parti d’utiliser celle adoptée notamment par la dernière version du guide ornitho qui est un guide de terrain beaucoup utilisé par les ornithologues. Cela afin notamment de ne pas trop perturber nos lecteurs …

 

Quelles modifications de la liste dans l’immédiat ?

La modification la plus importante pour notre usage en Brabant wallon est le passage des petits Turdidés (rougegorge, rougequeues, tariers, etc.) dans la famille des Muscicapidés (gobemouches). La famille des Turdidés ne regroupe donc plus que les merles et les grives.

D’autres modifications de déplacement d’espèces et de passage de sous-espèces à l’état d’espèces ont moins d’impact chez nous, car il s’agit généralement d’espèces rares ou accidentelles.

Conclusion

Je voudrais rappeler ici que, la taxonomie n’étant pas figée, il y aura certainement de nouvelles découvertes confirmées qui seront alors à appliquer dans la liste taxonomique utilisée pour les chroniques.

De gros bouleversements dans le classement des ordres et des familles nous attendent.

Mais laissons cela pour une évolution ultérieure de nos chroniques !

 

Sources

Fanny Carion – Taxinomie – Formation ornitho Natagora N1

Frédéric Vanhove – Systématique – Formation ornitho Natagora N2

Lars Jonsson – Les oiseaux d’Europe, d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient

Lars Svensson – Le guide ornitho

https://avibase.bsc-eoc.org/checklist.jsp?lang=FR&p2=1&list=birdlife&synlang=FR&region=BE&version=text&lifelist=&highlight=0

https://fr.wikipedia.org/wiki/Taxonomie

http://www.oiseaux.net/dossiers/ornithopedia/classification.html