Bécassine double - Daniel Petterson

Une bécassine, oui, mais une double !

Auteur : Benoît Willocx 
Photo d'entête : Bécassine double, notez les taches dans les ailes et les rectrices externes blanches - Daniel Petterson

Le 11 avril dernier, en faisant mon jogging à Beauvechain, le long d’un chemin en mauvais état, bordé de vieux gravats et d’herbes folles, juste avant que le chemin ne pénètre dans un bois, je suis surpris par un claquement d’aile qui rappelle la bécasse à l’envol, accompagné d’un genre de cri de héron « mouillé » répété deux fois. Un oiseau de couleur brune, avec des barres blanches dans les ailes et sur la queue, s’envole à deux mètres de moi, décrit un arc de cercle et s’éloigne d’un vol direct pour rapidement disparaître dans le vallon voisin.

Sa silhouette me fait tout de suite penser à une bécassine, une grosse bécassine. Et comme j’ai eu la chance de voir une Bécassine double (Gallinago media) lors d’un voyage à Lesbos, je me souviens que les rectrices blanches sont un bon signe distinctif pour les individus adultes. Je termine mon jogging à toutes vapeurs, l’adrénaline me fait battre mon record de vitesse pour cette distance, et, le cœur battant, je me plonge dans la littérature et les bandes sonores. Ce cri de héron me parait bizarre, la Bécassine double observée à Lesbos dans des circonstances similaires ne faisait pas de bruit à l’envol.

Parade nuptiale de bécassine double sur son lieu de reproduction : la toundra marécageuse - Daniel Petterson
Parade nuptiale de Bécassine double sur son lieu de reproduction, la toundra marécageuse – Daniel Petterson

Malheureusement, je ne trouve pas de trace de bande sonore de cri d’envol dans le guide ornitho, ni sur oiseaux.net, ni dans le J.-C. Roché, ni dans le Shultze… Pourtant, on fait référence à un cri d’envol par-ci par-là dans la littérature, le guide ornitho parle d’un « wrongh » guttural et sourd, le Beaman et Madge, précise : « considérée comme silencieuse à l’envol, mais les battements d’ailes bruyants peuvent masquer le cri faible émis à l’envol et répété par intermittence, ètch ètch ètch ». Tout cela n’a rien à voir avec le « kah-ahrk ! » sonore, aigre et puissant du Héron cendré, ni le « kreek » grinçant du Héron pourpré. Je téléphone alors à Vincent Bulteau qui me conseille d’aller jeter une oreille sur le site xeno-canto.org, et là je découvre des dizaines d’enregistrements pour la Bécassine double, mais également quasi uniquement des « displaying birds », ce bruit caractéristique de glaçons entrechoqués, et puis tout à coup, un tout petit enregistrement de 2 secondes de Tomek Tumiel qui renseigne « call, call of a flushed bird », … et, en l’écoutant, je bondis de joie, c’est exactement ce petit cri de héron mouillé que j’ai entendu :

Tomek Tumiel, XC244076. Accessible sur www.xeno-canto.org/244076

Je lui envoie un mail de remerciement. Je suis rassuré c’est bien une Bécassine double que j’ai vue et entendue, plus de doute possible !! Il faudra encore attendre que la Commission d’homologation valide l’observation… En attendant, Tomek me répond qu’il a vu les premiers individus arriver en Pologne sur leur lieu de nidification, mais il craint une mauvaise année de reproduction à cause du déficit d’eau important.

De loin la plus rare de nos trois bécassines, la Bécassine double passe l’hiver au-delà du Sahara et parcourt à peu près 7.000 km lors de ses migrations saisonnières pour venir nicher dans le nord et l’est du Paléarctique occidental. Ce n’est pas une espèce en danger d’extinction (à la limite d’être menacée, IUCN Red List), mais elle n’est pas fréquente et plusieurs menaces pèsent sur elle comme la destruction de son habitat, à savoir les zones humides marécageuses de la toundra, ou encore la chasse qui reste trop pratiquée dans certains pays qu’elle traverse.

Répartition de la Bécassine double - Xeno Canto
Répartition de la Bécassine double – http://www.xeno-canto.org

Codification Couleurs

Sa route ne passe habituellement pas par la Belgique. Elle passe à l’est de l’Allemagne. De temps en temps, certains individus un peu égarés peuvent faire halte chez nous. En migration, elle est moins systématiquement attirée par les lieux humides que sa cousine la Bécassine des marais. Elle fréquente habituellement des prairies marécageuses, des champs et des prairies plus sèches, parfois des taillis de saules. Elle reste tapie jusqu’à la dernière minute et ne s’envole que lorsqu’on approche à moins de deux ou trois mètres. Les Bécassines doubles sont presque toujours observées seules.

Depuis 2005, il y a eu des années exceptionnelles tous les 4 ans, 46 observations en 2007, 47 en 2011, 46 en 2015 et 64 en 2019. Les autres années, entre 0 et 10 individus sont observés chaque année (source : Observations.be). Toutes ces observations ont eu lieu en Flandre, souvent à proximité de la mer ou de l’estuaire de l’Escaut, ou en Campine. Les observations sont concentrées en avril et surtout en mai pour le passage prénuptial, et en septembre et octobre pour la migration d’automne.

Cette observation est la première répertoriée sur Observations.be pour la Wallonie. D’autres mentions plus anciennes existent cependant auxquelles nous n’avons pas eu accès. Il s’agit donc bien d’une rareté sur laquelle nous voulons attirer l’attention des observateurs !

Espérons que cette observation sera la première d’une longue série dans notre Brabant wallon.